L’évolution des émissions de GES dans les scénarios menant à la carboneutralité

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Comme nous l’avons vu tout au long de ce rapport, l’atteinte de la carboneutralité est un défi qui nécessite non seulement de réduire les émissions à leurs plus bas niveaux possibles, mais aussi de compenser les émissions restantes dont l’élimination entraînerait des coûts trop élevés. Ce deuxième volet comprend les utilisations particulières qui devraient continuer de susciter une demande, mais dont la décarbonisation est très coûteuse ou requiert une technologie qui n’est pas encore disponible. Le présent chapitre s’intéresse donc aux implications des transformations qu’il faudra réaliser pour atteindre la carboneutralité.

Contrairement à l’édition précédente de ces Perspectives, la présente édition tient compte des émissions provenant de l’agriculture, des déchets et des procédés industriels, ainsi que des émissions fugitives du secteur de la production de pétrole et de gaz.

Faits saillants

  • Les politiques fédérales et provinciales actuelles sont largement insuffisantes pour inverser la tendance en matière d’émissions de GES. 
  • Même en incluant un prix du carbone de 170 $/tonne d’ici 2030, les émissions totales devraient diminuer de 9 % entre 2016 et 2030, ce qui représente une réduction de 63 Mt d’équivalent CO2; si l’on prend le niveau de 2005 comme année de référence (soit un volume de 739 Mt d’équivalent CO2 par rapport aux 705 Mt d’équivalent CO2 émises en 2016), cela correspond à une réduction de 13 % des émissions, un résultat nettement inférieur à l’objectif national de réduction de 40 à 45 % de celles-ci, tout comme à la cible précédente de 30 %.
  • Lorsque la proposition de norme sur les combustibles propres entrera en vigueur, elle permettrait au mieux de supprimer 19 Mt d’équivalent CO2 supplémentaires, portant la réduction totale à 12 % par rapport à 2016 et à seulement 16 % par rapport à 2005. 
  • Pour atteindre 30 % de réduction des émissions de GES d’ici 2030, il sera avant tout nécessaire de transformer le secteur industriel plutôt que les actions des citoyens; ces transformations comprendront la décarbonisation des procédés industriels, une diminution significative de la production de pétrole et de gaz et une réduction énergique des émissions fugitives. 
  • Les scénarios menant à la carboneutralité montrent qu’une fois cet objectif atteint, l’ensemble des secteurs continueront de produire un volume important d’émissions de GES, soit entre 155 et 167 Mt d’équivalent CO2 par an, ce qui souligne le rôle compensatoire essentiel que pourraient jouer les techniques de captage et de stockage du carbone (CSC) dont, entre autres, l’extraction directe dans l’air (EDA). 
  • Les émissions non énergétiques provenant des procédés industriels, de l’agriculture et des déchets représentent une proportion beaucoup plus importante des émissions totales à mesure que l’on se rapproche de la carboneutralité, car elles sont difficiles à réduire sans l’aide d’une rupture technologique difficile à prévoir.
  • Dans tous les scénarios menant à la carboneutralité, les secteurs se décarbonent à des rythmes très différents. Le secteur le plus difficile à décarboner est celui du transport. Ce secteur nécessitera donc une attention soutenue de la part des décideurs et de l’industrie, car de nombreuses solutions pour décarboner ce domaine reposent sur le développement d’infrastructures lourdes. 
  • Des secteurs tels que ceux du bâtiment et de la combustion industrielle semblent relativement faciles à décarboner et nécessiteront avant tout une réglementation forçant l’accélération de leur transformation.  
  • Dans la poursuite des objectifs de carboneutralité, le rôle que peuvent jouer les citoyens dans leurs actions quotidiennes demeure très limité et ne concerne que quelques secteurs. Il est donc important que les gouvernements concentrent leurs actions en premier lieu sur l’industrie et, plus généralement, sur les secteurs énergétique et privé.
  • Le coût anticipé de la décarbonisation de l’économie canadienne diminue rapidement, car le développement des technologies s’effectue plus vite que prévu. Les Perspectives énergétiques canadiennes 2018 prévoyaient que la décarbonisation de 65 % de l’économie canadienne d’ici 2050 engendrerait un coût marginal de la dernière tonne supérieur à 1 000 $; les projections actuelles évaluent que le coût marginal de la décarbonisation d’ici 2050 de 80 % à 100 % de l’économie canadienne s’élèvera respectivement à 400 $ et 1 100 $.