10.14 Les points à retenir 

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Les résultats présentés dans les chapitres 6 à 9 doivent à être examinés avec prudence en ce qui concerne leur interprétation d’un point de vue national. Les variations que l’on observe dans les systèmes énergétiques de chaque province ainsi que l’intégration très limitée de ces systèmes à travers les frontières provinciales mettent en évidence les différents défis que chaque province devra relever pour suivre les trajectoires menant à la carboneutralité. Ce chapitre permet d’identifier certaines des différences principales qui existent entre ces défis et précise les domaines dans lesquels une plus grande intégration interprovinciale pourrait s’avérer utile. 

Bien que les scénarios menant à la carboneutralité conduisent à la neutralité des émissions de carbone, il est important de rappeler que toutes les provinces et tous les territoires n’atteindront pas la carboneutralité. Selon les travaux d’optimisation des coûts réalisés dans le cadre de la modélisation, certaines provinces présenteront un bilan d’émissions net positif, tandis que pour d’autres, ce bilan sera net négatif. Cela s’explique en grande partie par (i) les défis particuliers inhérents à la réduction des émissions selon le profil de chaque province en matière d’industrie et de production d’électricité, (ii) la disponibilité des ressources de biomasse permettant de produire de l’électricité et de l’hydrogène à partir de la BECSC à un coût raisonnable, et (iii) la technologie d’EDA, selon qu’elle est utilisée ou non par la province, sachant que la plupart des provinces ne l’incluent pas dans leurs résultats. Ce constat montre également que vouloir atteindre la carboneutralité dans chaque province et territoire particulier entraînerait des coûts supérieurs à l’adoption d’une référence nationale. 

Le premier des points susmentionnés invite également à établir un calendrier différent de réduction des émissions provenant de secteurs spécifiques. Par exemple, les provinces ayant un volume d’émissions industrielles plus faible et/ou une production d’électricité à faibles émissions de carbone ne disposent pas de solutions faciles pour réduire leurs émissions, ce qui les oblige à décarboner dès le début les secteurs les plus coûteux, comme celui du transport. Le contraire est vrai dans les provinces où il est possible de réaliser des réductions d’émissions précoces et relativement bon marché en diminuant la production de pétrole et de gaz ou en remplaçant les combustibles fossiles par des sources renouvelables pour la production d’électricité. 

De la même façon, les provinces qui présentent une faible production hydroélectrique de base font face à des défis plus importants en matière de développement d’infrastructure de réseau. C’est là que le problème des coûts accessoires associés à l’intégration de proportions plus élevées d’énergie renouvelable variable dans le bouquet énergétique peut s’avérer le plus difficile à résoudre; il peut alors être judicieux de recourir à une combinaison de facteurs incluant les capacités de stockage, l’accroissement des échanges d’électricité avec les provinces voisines et, dans certains cas, la production d’électricité grâce à l’énergie nucléaire. 

Les différences provinciales et territoriales mises en évidence dans ce chapitre ne doivent pas occulter le fait qu’il existe une marge de manœuvre considérable pour les programmes du gouvernement fédéral visant à relever les défis communs à l’échelle nationale. En particulier, le secteur du transport fait face à des difficultés qui sont similaires dans toutes les provinces, et l’accroissement des échanges interprovinciaux pourrait contribuer à atténuer le coût de la transformation des réseaux électriques, ce qui permettrait de répondre à la demande croissante d’électricité tout en soutenant la décarbonisation de ce secteur.