11.5 Les caractéristiques canadiennes particulières mises en évidence dans ces Perspectives 

EN

En se basant sur l’aperçu présenté dans les sections précédentes ainsi que dans le tableau 11.1, il est possible de faire des comparaisons entre les résultats de ces rapports et ceux énoncés dans la deuxième partie des présentes Perspectives. Dans le secteur du bâtiment, les quatre rapports examinés dans ce chapitre prévoient une augmentation considérable du rôle des pompes à chaleur, bien que le Royaume-Uni et l’Union européenne accordent une place importante au chauffage urbain, alors que ce mode de chauffage est pratiquement absent en dehors du secteur commercial dans les résultats pour le Canada. En effet, les résultats du PEC2021 ne prévoient aucun rôle pour l’hydrogène dans les chaudières qui seraient éventuellement utilisées pour assurer le chauffage urbain. Bien qu’il s’agisse d’une technologie et d’une option de distribution importantes pour le chauffage des locaux à faibles émissions de carbone, cette différence ne doit pas être surestimée. Les possibilités de chauffage urbain dépendent en effet en grande partie des conditions locales et de l’infrastructure existante. Comme celle-ci est pratiquement absente au Canada, l’utilisation de cette technologie entraînerait dans ce pays des coûts beaucoup plus élevés. Une remarque similaire peut être faite au sujet du taux inférieur d’utilisation des pompes à chaleur au Royaume-Uni, car la taille plus restreinte de nombreux logements résidentiels dans ce pays limite le recours à cette technologie, comme indiqué précédemment dans ce rapport. 

Dans le secteur du transport, la plupart des rapports insistent sur les mandats de ventes de véhicules électriques. De plus, à l’instar de ces Perspectives, tous les rapports soulignent la complexité et les incertitudes technologiques liées à la décarbonisation du transport lourd, et notamment celle du transport aérien. Les cinq rapports présentent une liste semblable de technologies susceptibles de permettre la décarbonisation du transport lourd, dont les lignes caténaires et l’hydrogène, qui nécessiteront toutes une prise de décisions en matière de développement des infrastructures. En d’autres termes, les résultats concernant ce segment particulier des transports doivent être traités avec précaution, car la diversité des technologies qui sont envisagées pourrait, en réalité, s’avérer plus limitée dans le cas où les gouvernements et les secteurs privés s’arrêtaient à des choix précis pour les infrastructures devant être construites.  

Le secteur industriel, en dehors de la production d’énergie, présente des profils éclectiques dans les cinq régions étudiées ici, ce qui explique la difficulté de tirer des conclusions définitives à partir d’une comparaison entre le rapport PEC2021 et les quatre autres documents. La plupart des rapports insistent sur la décarbonisation de secteurs clés, comme ceux de la production du ciment et de l’acier, et tous, y compris le PEC2021, accordent une attention particulière à l’importance des besoins de chaleur d’intensités variables. Comme le souligne le chapitre 13, les secteurs industriels ont des besoins qui sont variés en matière d’énergie et de chaleur, ce qui a conduit à élaborer une combinaison de diverses stratégies susceptibles de permettre une réduction des émissions. Celles-ci ne se limitent pas au changement de combustible, mais s’appuient également sur l’innovation technologique, le CSC et la réduction de la production.  

Le débat sur la production d’énergie est un sujet d’intérêt majeur pour le Canada étant donné l’importance de ce secteur tant sur le plan des émissions que celui de l’économie. Ce débat est abordé de façon très différente selon le rapport étudié. Cela s’explique en partie par l’existence de variations dans la structure de ce secteur. La France, par exemple, n’a pratiquement aucune production pétrolière et gazière, alors que la situation au Canada et aux États-Unis est différente, ce qui permettra à ce secteur de jouer un autre rôle dans le cadre des efforts qui seront entrepris pour atteindre la carboneutralité. Le rapport américain propose des intervalles importants dans les réductions de la production selon les différents scénarios, avec une fourchette de réductions allant d’un faible 25 % à 85 % pour le pétrole et de 25 % et 90 % pour le gaz naturel. Les proportions les plus faibles des réductions comprises dans ces intervalles semblent beaucoup plus limitées par rapport aux résultats des scénarios CN présentés dans ces Perspectives. Une autre différence notable concerne le rythme de ces transformations. Même dans les scénarios américains où les réductions de la production sont les plus importantes, la plupart de celles-ci ont lieu après 2035, tandis que les scénarios CN proposent de décarboner ce secteur beaucoup plus rapidement en diminuant considérablement les productions au cours de la prochaine décennie. Cela s’explique surtout par le fait que le secteur canadien de l’énergie n’a pas à sa disposition autant de solutions offrant une certaine facilité de réduction des émissions dans les autres secteurs de son économie. Les États-Unis, quant à eux, ont d’autres secteurs qui leur offrent la possibilité d’obtenir des réductions considérables de GES à moindre coût, notamment celui de la production d’électricité. Ainsi, dans les scénarios étudiés, plus de 500 centrales à charbon seront fermées aux États-Unis d’ici 2030. 

Comme le PEC2021, les quatre autres rapports analysent longuement le rôle de la biomasse et le cas plus spécifique de la BECSC quant à l’aide que celles-ci peuvent apporter pour atteindre la carboneutralité. Le chapitre 9 des présentes Perspectives accorde une attention particulière à l’importance de la disponibilité de la biomasse, car toute la biomasse disponible est utilisée dans les scénarios CN. Cette préoccupation se retrouve dans les rapports américains et français. Le premier utilise des variables dans certains scénarios pour pouvoir tenir compte de l’expansion de l’utilisation de la biomasse si les techniques de gestion des terres contribuent à augmenter le volume de biomasse disponible. Le deuxième aborde également le sujet et souligne l’importance d’une gestion prudente des matières premières afin de pouvoir maximiser leur contribution.  

Le lien avec la BECSC se fait de manière directe. Aux États-Unis par exemple, la quasi-totalité de la biomasse supplémentaire est utilisée pour la BECSC, notamment pour la production d’hydrogène, un résultat qui est similaire à l’analyse de sensibilité de la disponibilité de la biomasse présentée au chapitre 9 de ces Perspectives. Cependant, le rapport européen et le PEC2021 arrivent à des résultats différents en ce qui concerne l’utilisation principale de la BECSC. L’Union européenne prévoit en effet que la BECSC jouera un rôle plus important dans l’industrie (autre que la production d’hydrogène), notamment dans celle du ciment.