11.6 Les points à retenir

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Comme l’examen de ces rapports nous le montre clairement, les systèmes énergétiques de diverses régions du monde ainsi que les autres sources d’émissions présentent une complexité qui rend difficile, voire même trompeur, tout exercice consistant à établir des comparaisons d’ordre général. Néanmoins, la synthèse des comparaisons effectuées dans ce chapitre permet de souligner quelques points importants qui doivent être pris en considération dans les réflexions sur la façon de procéder, dans les économies avancées, pour atteindre la carboneutralité.  

Le premier point concerne le fait que la demande d’électricité à faibles émissions de carbone connaîtra un accroissement rapide et considérable, et ce, quel que soit le rôle que l’hydrogène pourra jouer, une fois que les incertitudes à son sujet diminueront et que l’on aura fait les choix qui s’imposent en matière d’infrastructures. Bien que les spécificités puissent varier d’une région à l’autre, toutes les régions prises en compte dans ce chapitre soulignent les principaux défis qui sont liés à cet accroissement de la demande. Le premier de ces défis concerne l’augmentation de la capacité des infrastructures du réseau électrique qui devient nécessaire pour répondre à une demande nettement plus élevée, en particulier la demande de pointe, et ce malgré les gains d’efficacité que procure l’électrification. L’intégration d’une grande proportion de production d’énergie variable dans le réseau constitue également un défi, de même que la détermination du rôle précis que l’alimentation électrique de base, qu’elle soit nucléaire ou hydroélectrique, et le stockage seront appelés à jouer dans le système. 

Un deuxième point important à prendre en compte consiste dans le fait que tous les rapports comprennent une analyse des secteurs où subsistent de nombreuses incertitudes quant au choix des infrastructures dont on devra privilégier le développement. Ce choix nécessitera de déterminer, parmi les nombreuses technologies émergentes ou marginales, laquelle arrivera éventuellement à s’imposer dans le secteur. Les résultats obtenus dans les divers rapports concernant l’industrie (en dehors de la production d’énergie) ainsi que le transport aérien et de marchandises montrent que la décarbonisation de ces secteurs à l’aide des technologies que nous possédons en ce moment est particulièrement coûteuse. Ces résultats soulignent également le fait qu’il existe de nombreuses options qui pourraient se développer rapidement grâce à l’innovation technologique, ou ne jamais se développer, et cela sans compter les développements qu’il nous est impossible de prévoir en ce moment. Dans tous les cas, et de manière générale, ces résultats impliquent que, même si les gouvernements ne seront pas tenus de choisir chacune des technologies spécifiques à privilégier, ils devront néanmoins prendre des décisions précoces concernant les infrastructures dont le développement devra être encouragé, tout en conservant une certaine flexibilité afin de pouvoir tenir compte des innovations futures.

Le troisième point à retenir est que les cinq rapports s’accordent pour affirmer qu’il ne sera pas possible d’atteindre la carboneutralité à l’aide des technologies actuelles sans recourir au CSC et à la BECSC, compte tenu des émissions restantes dans les différents secteurs, notamment l’agriculture, les procédés industriels, les transports et les déchets. La plupart des rapports font, de manière explicite ou implicite, une analyse similaire à celle réalisée dans les chapitres 9 et 12 de ces Perspectives. Étant donné le volume des émissions restantes dans les scénarios menant à la carboneutralité, ils affirment que le captage du carbone et les activités à émissions négatives devraient être réservés pour soutenir les efforts de compensation des émissions restantes, ce qui revient à dire qu’il faudrait toujours donner la priorité à l’atténuation des émissions. Ce troisième point peut comprendre une réflexion sur le rôle de l’EDA, qui est considéré comme étant secondaire dans tous les rapports sauf dans celui des États-Unis, et notamment dans les scénarios où le volume de la biomasse disponible est plus limité. 

Enfin, les études comparatives sur des informations, comme celle que nous tentons ici, ne doivent pas se limiter aux points couverts dans le PEC2021. Prenons par exemple un domaine négligé dans ces Perspectives, soit l’importance d’effectuer des changements dans les comportements, notamment ceux touchant les préférences alimentaires, auxquels les rapports de la France et du Royaume-Uni accordent une attention particulière. Un autre point à souligner, et qui est peut-être encore plus crucial, concerne l’UTCATF. Ce domaine n’est pas abordé dans le PEC2021 et dans la plupart des quatre autres rapports, alors que la France porte une attention particulière à la gestion des forêts et des terres, y compris par l’entremise des politiques agricoles. Il s’agit d’un domaine qui mériterait certainement que d’autres pays ou régions, dont le Canada, lui consacrent une réflexion approfondie.