1.1 Mettre à jour les trajectoires possibles

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L’offre de services énergétiques dans tous les secteurs est essentielle pour déplacer les personnes et les biens, assurer le chauffage des bâtiments et permettre le bon fonctionnement de la société dans son ensemble. De plus, la production, le transport et la consommation d’énergie sont responsables d’environ 83 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES), soit une proportion qui est légèrement supérieure à la moyenne mondiale, ce qui place ce secteur au centre des efforts d’atténuation des changements climatiques. L’évaluation des impacts des trajectoires menant à des sociétés carboneutres nécessite donc une bonne compréhension de l’incidence des développements énergétiques actuels et prévus sur l’avenir du Canada, et ce, afin de soutenir la prise de décisions éclairées en matière de politiques et d’investissements dans la réalisation des objectifs de carboneutralité. Ces perspectives énergétiques, qui envisagent divers avenirs possibles, constituent donc un outil de soutien essentiel pour mener à bien cette tâche.  

Depuis la publication de l’édition 2018 des premières Perspectives énergétiques canadiennes (Langlois-Bertrand et al., 2018), le Canada, comme plusieurs autres pays, s’est engagé à transformer son économie pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Partout dans le monde, l’annonce de ces objectifs de carboneutralité a accentué les efforts de modélisation visant à mieux comprendre les implications de ces objectifs sur l’activité humaine. 

Dans les présentes Perspectives, la carboneutralité est définie comme étant un bilan d’émissions nettes nulles à l’échelle de la société dans les pays relevant de la juridiction de l’Accord de Paris. En vertu de celui-ci, chaque pays est responsable de l’ensemble des émissions qui sont générées à partir de son territoire, quel que soit le bénéficiaire final de ces émissions. Par exemple, les émissions générées lors de l’extraction du lithium, de sa transformation et de la production de la batterie sont attribuées aux pays dans lesquels chaque opération est réalisée, et non au pays qui est l’utilisateur final. Ainsi, selon les ententes de ce traité international, la carboneutralité exigera que toutes les émissions de GES produites sur le territoire d’une société donnée soient compensées par un volume équivalent d’émissions captées dans l’atmosphère par la société émettrice. Certains problèmes techniques entraînent cependant des différences dans le décompte spécifique de ces émissions et, par extension, dans la définition précise que l’on donne au fait d’être « carboneutre ». L’idée générale demeure toutefois que l’on considère qu’une telle société n’aurait aucun impact « net » sur l’atmosphère en termes d’émissions de GES, ce qui limiterait sa contribution au réchauffement climatique.  

Comme ces Perspectives, d’autres rapports de modélisation axés sur les objectifs de carboneutralité accordent une importance primordiale aux activités liées à l’énergie et aux émissions fugitives, tout en s’intéressant aussi à d’autres sources d’émissions, telles que l’agriculture et les procédés industriels. Au cours de la dernière année, d’autres travaux de modélisation réalisés à l’échelle du Canada méritent d’être mentionnés : 

  • Le rapport intitulé l’Avenir énergétique du Canada en 2020, publié par la Régie de l’énergie du Canada (REC 2020), se concentre sur l’évolution du secteur de l’énergie jusqu’en 2050; les hypothèses de la REC constituent la base de la plupart des modélisations pancanadiennes, y compris ces Perspectives.
  • Les Projections des émissions de gaz à effet de serre et polluants atmosphériques du Canada en 2020, publiées par Environnement et Changement climatique Canada (ECCC, 2020), prévoient les effets des politiques actuelles et annoncées sur l’évolution des émissions de GES jusqu’à la prochaine année cible (2030). 
  • Le rapport intitulé Vers un Canada carboneutre, s’inscrire dans la transition globale (Dion, 2021), publié par l’Institut canadien pour des choix climatiques, analyse les trajectoires possibles vers la carboneutralité afin d’identifier les valeurs sûres et les paris risqués grâce à 60 scénarios de grande envergure qui couvrent la période qui va jusqu’en 2050. 
  • À l’aide d’une approche analytique qui évalue la pertinence et la maturité technologique des diverses technologies, le rapport intitulé Pathways to net zero : A decision support tool (Meadowcroft, 2021), publié par l’Accélérateur de transition, propose une stratégie alternative pour projeter des trajectoires de décarbonisation. 

Le présent rapport met l’accent sur la situation qui prévaut au Canada, ce qui lui permet de fournir une analyse adaptée au système énergétique particulier du pays. Il offre également la possibilité de comparer la façon dont différents pays relèvent des défis semblables en matière d’atteinte de la carboneutralité en identifiant certains points communs et caractéristiques distinctes des mesures qu’ils ont prises. De plus, il complète les travaux de recherche qui sont résumés ci-dessus en s’appuyant sur une approche de modélisation approfondie du point de vue technologique qui permet d’étudier un grand ensemble de scénarios dont les coûts sont optimisés. Pour ce faire, il adopte une forme traditionnelle, c’est-à-dire qu’il prévoit la production et la consommation d’énergie du Canada dans les prochaines décennies en fonction de ces différents scénarios et il projette les émissions de GES du pays en y incluant celles qui proviennent d’activités qui ne sont pas liées à l’énergie. Ce rapport se base sur le scénario de la demande d’énergie de la Régie de l’énergie du Canada pour établir son scénario de référence. Il se concentre cependant de manière plus précise sur la transformation qui est en cours dans le secteur énergétique du Canada et il étudie l’impact de cette transformation sur l’économie générale ainsi que sa dépendance à l’égard de diverses mesures provinciales et fédérales de réduction des émissions de GES.