1.5 Les limites et les omissions de ces Perspectives

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Les exercices de modélisation, comme ceux sur lesquels ce document s’appuie, présentent un certain nombre de limites qui résultent des simplifications qu’ils requièrent et de l’incertitude inhérente aux initiatives qui sont axées sur les prospectives d’avenir. Pour faire face à ces limitations, il est nécessaire de formuler des hypothèses qui soient prudentes. Nous aborderons maintenant quelques points clés permettant d’aller au-delà des principales hypothèses qui ont été présentées précédemment dans la section 1.2. 

Dans l’édition 2018 de ces Perspectives, nous n’avions pris en compte que les émissions liées à l’énergie, excluant de ce fait d’autres sources importantes d’émissions, comme les procédés industriels et l’agriculture (en dehors de la consommation de carburant). Bien que nous ayons abordé cette limitation avec précaution dans l’édition précédente, l’inclusion des scénarios CN, qui sont en fait devenus notre principal point d’intérêt, nous oblige à élargir notre champ d’étude, et ce, d’autant plus que les sources qui ne sont pas liées à l’énergie présentent des défis considérables et qu’il n’existe actuellement que très peu de solutions technologiques permettant de les traiter. Par conséquent, même si nous nous intéressons surtout à la transformation du système énergétique canadien, les émissions que nous prenons en compte ne se limitent pas qu’à celles qui sont liées à l’énergie. Il faut également noter que nous incluons maintenant dans nos travaux les émissions fugitives du secteur de la production d’énergie, ce qui constitue un autre ajout au modèle par rapport à sa version de 2018.

Certaines émissions de GES sont encore absentes du modèle. Ainsi, les émissions liées à l’utilisation des terres, au changement d’affectation des terres et à la foresterie (UTCATF) ne sont pas comprises dans ce modèle, bien qu’elles soient en partie abordées par le recours aux « émissions négatives », un concept servant à décrire l’utilisation de la biomasse associée au captage du carbone. Les émissions provenant de du transport aérien international et des soutes maritimes sont également exclues de ce modèle. De plus, les coûts annexes liés aux réseaux électriques qui intègrent un très grand pourcentage de production variable (comme celle produite par des installations éoliennes et solaires) sont simplifiés grâce à l’utilisation d’un surcoût appliqué sur cette production ainsi que sur les technologies de stockage.

L’élargissement de la gamme d’émissions comprises dans nos travaux n’élimine pas l’incertitude liée à l’avènement possible de technologies de rupture qui pourraient changer la donne dans certains secteurs, ce qui aurait une incidence sur le rythme de réalisation de plusieurs résultats. Cette incertitude est typique de ce type de modélisation et doit être prise en compte lors de l’interprétation des résultats. Les technologies à haut degré d’incertitude, comme les utilisations de l’hydrogène et certaines technologies de niche, sont par leur nature même difficiles à modéliser et, par conséquent, les résultats obtenus à leur sujet seront nécessairement incertains. 

En se concentrant sur les questions énergétiques, le rapport PEC2021 a aussi laissé de côté la question importante de l’adaptation aux changements climatiques qui affecteront la consommation et la production d’énergie ainsi que le choix des investissements dans les infrastructures. On ne peut pas mettre en doute le fait que la transition énergétique concerne autant le développement technologique et économique que la réduction des risques et des coûts associés aux changements climatiques accélérés causés par l’augmentation des niveaux de GES dans l’atmosphère. 

Il faut également mentionner que notre analyse minimise, dans une certaine mesure, la question des émissions déplacées. Les technologies nécessaires à la transformation en profondeur des services énergétiques qui sont comprises dans les différents scénarios ne seront pas toutes produites au Canada et, conformément à l’Accord de Paris, nous n’évaluons pas l’impact que ce virage aura sur les émissions mondiales de GES. Un autre exemple de ce fait nous est donné par les émissions provenant des raffineries de pétrole. L’optimisation du modèle permet en effet de réduire celles-ci au Canada en important des produits raffinés au lieu de les produire ici, même si les émissions générées ailleurs finiront éventuellement dans l’atmosphère. Bien que nous ne prenions pas cette question à la légère, la présence de cette lacune était inévitable dans nos travaux, car ceux-ci sont axés sur le Canada. Ce problème dépasse la portée de notre analyse, comme c’est le cas de nombreuses autres recherches ayant une orientation à portée nationale. 

Malgré ces mises en garde, la modélisation nous permet d’identifier les tendances générales, ce qui nous paraît fondamental pour jeter les bases d’un débat sur les trajectoires susceptibles de permettre au système énergétique canadien d’atteindre la carboneutralité. Nous reviendrons sur ces questions au chapitre 15 à la lumière de nos résultats.