3.1 Approvisionnement et consommation énergétique 

EN

Le pétrole et le gaz naturel contribuent pour plus des deux tiers à l’approvisionnement en énergie primaire au Canada, la majeure partie du reste étant fournie par l’électricité d’origine nucléaire et hydraulique ainsi que le charbon (Figure 3.1). Au cours des 20 dernières années, la part du charbon a diminué en raison notamment de l’élimination progressive de ce combustible dans la production d’électricité en Ontario. Cette diminution a cependant été largement compensée par une utilisation accrue du gaz naturel résultant souvent du déclin de l’utilisation du charbon. Les énergies renouvelables autres que l’hydroélectricité, en particulier l’énergie éolienne et les biocarburants1, ont joué un rôle de plus en plus important bien que toujours marginal par rapport à l’approvisionnement énergétique total2. Ces changements se sont accompagnés d’une augmentation de l’approvisionnement énergétique global de l’ordre de 20 %, alors que les combustibles fossiles conservaient leur part du pourcentage total. 

Figure 3.1 – Approvisionnement national en énergie primaire, 1999-2019 #

Source : Statistique Canada, 2021a

Au Canada, les secteurs du transport et de l’industrie sont chacun responsable d’environ un tiers de la demande totale d’énergie finale du pays (Figure 3.2), alors que le secteur du bâtiment (résidentiel, commercial et institutionnel) utilise la majeure partie du tiers restant. La production – principalement de pétrole et gaz – et le raffinage d’énergie sont des activités importantes, comme en témoigne le fait que 20,9 % de l’approvisionnement énergétique net total sert à la consommation des producteurs (quand l’industrie productrice d’énergie utilise le carburant qu’elle produit) ainsi qu’à des fins non énergétiques (p. ex. les matières premières utilisées par l’industrie de la pétrochimie). Étant donné la forte intensité carbone des activités des producteurs d’énergie, leur consommation est au centre des discussions portant sur la réduction des émissions de GES. 

Figure 3.2 – Approvisionnement net en énergie (primaire et secondaire) par secteur #

Source : Statistique Canada, 2021a
Note : en raison de différences statistiques, les sommes peuvent différer des totaux.

Cette section utilise des horizons de 10 et 20 ans afin de permettre l’analyse des variations à court et à long terme3. Le secteur industriel est responsable de la plus grande part de la consommation d’énergie à l’échelle nationale. Les variations existant entre les sous-secteurs sont présentées à la Figure 3.3. Bien que le secteur industriel dans son ensemble ait vu sa consommation augmenter de 24,7 % de 1998 à 2018, cette augmentation varie considérablement d’un secteur à l’autre. Le secteur minier notamment (y compris l’extraction de pétrole et de gaz) a connu une augmentation de 224 % sur l’ensemble de la période, reflétant son expansion rapide et le rôle central que ces activités jouent dans l’économie de certaines provinces, ainsi que leur poids global dans l’économie nationale.

En revanche, des baisses ont été observées dans le secteur des pâtes et papiers (- 29,6 %) et d’autres secteurs manufacturiers (- 10,1 %), ainsi que dans ceux du raffinage du pétrole (- 19,9 %) et de la sidérurgie (- 5,2 %). Bien que certaines de ces réductions puissent s’expliquer par des améliorations en matière d’efficacité, il ne faut pas non plus négliger l’impact de la fermeture d’un certain nombre d’entreprises.

Figure 3.3 – Consommation d’énergie industrielle par industrie (1998, 2008 et 2018) #

Source : OEE, 2021
Note : les pourcentages indiqués sur l’axe vertical représentent la part de la consommation totale d’énergie du secteur (la somme n’équivaut pas à 100 % en raison de l’arrondissement).

3.1.1 Le transport

Dans le secteur du transport (Figure 3.4), la consommation énergétique est dominée par l’essence (57,0 %), le diesel (29,2 %) et le carburéacteur (11,7 %). Lorsque l’on fait une distinction entre le transport de passagers et le transport de marchandises, des différences importantes apparaissent en ce qui concerne le type de carburant utilisé et les changements d’intensité observés au cours des deux dernières décennies. L’essence alimente 73,5 % du transport de passagers, alors que le diesel demeure dans ce domaine un carburant marginal (3,9 %). En revanche, le diesel est le carburant principal utilisé pour le transport de marchandises (63,8 %) par rapport à l’essence (32,0 %). 

Figure 3.4 – Consommation d’énergie dans le secteur du transport par source (2018) #

Source : OEE, 2021
Note : Les données sur l’éthanol et le biodiesel n’étaient pas disponibles et sont donc exclues des totaux.

Tableau 3.1 – Demande de services de transport #

Source : OEE, 2021

De 1998 à 2018, le transport de passagers a augmenté de 48,8 %, ou de 21,0 % par habitant (Tableau 3.1), la croissance étant plus rapide après 2008. Pendant la même période, le transport de marchandises a connu une augmentation de 45,3 %, ou de 18,2 % par habitant. Malgré un léger ralentissement de la croissance du transport de marchandises au cours de la seconde moitié de la période à l’étude, ces augmentations continues démontrent que les améliorations de l’efficacité énergétique du transport de passagers sont compensées par l’augmentation du nombre de kilomètres parcourus par les particuliers. La situation est encore plus préoccupante dans le cas du transport de marchandises, secteur qui n’a connu que de légères améliorations en matière d’efficacité énergétique. Cette réalité est une conséquence des prix de l’énergie historiquement bas ainsi que de la géographie du Canada. 

3.1.2 Le secteur du bâtiment

Le profil du secteur du bâtiment, qui englobe la consommation résidentielle ainsi que la consommation commerciale et institutionnelle (C. et I.), est assez différent. 

Dans le sous-secteur C. et I. (Figure 3.5), le gaz naturel fournit 49,0 % de l’énergie utilisée, suivi de l’électricité avec 45,9 %. Le mazout léger, le kérosène, le charbon, le propane et d’autres combustibles fournissent le reste de l’énergie consommée. Les équipements auxiliaires (16,2 % de la consommation totale) constituent l’utilisation finale d’énergie qui connaît la croissance la plus rapide (+ 199,1 % de 1998 à 2018), tandis que le chauffage des locaux reste de loin la source de demande la plus importante (53,2 %). L’éclairage arrive en troisième position (14,5 %), alors que le chauffage de l’eau, la climatisation des locaux, les moteurs auxiliaires et l’éclairage public représentent le reste de la demande du secteur. Bien que la croissance de la surface utile (+ 35,4 % de 1998 à 2018) ait contribué à l’augmentation de la consommation d’énergie, l’importance des équipements auxiliaires a également constitué un facteur notoire, l’ensemble de ces facteurs entraînant une augmentation de 44,8 % de la consommation totale d’énergie dans le sous-secteur entre 1998 et 2018.

Figure 3.5 – Consommation d’énergie dans le sous-secteur commercial et institutionnel par utilisation finale (1998, 2008 et 2018) #

Source : OEE, 2021
Note : les pourcentages indiqués sur l’axe vertical représentent la part de la consommation totale d’énergie du sous-secteur (le total n’équivaut pas à 100 % en raison de l’arrondissement).

Le sous-secteur résidentiel (Figure 3.6) présente un profil de consommation différent malgré certaines similitudes avec celui de l’espace commercial. Le chauffage des locaux constitue également le principal facteur de consommation d’énergie (64,0 %), le reste de la consommation provenant du chauffage de l’eau (17,4 %), des appareils électroménagers (13,0 %), de l’éclairage (3,3 %) et de la climatisation des locaux (2,3 %). Ces pourcentages sont demeurés stables pour la plupart au cours des 20 dernières années, bien que la climatisation des locaux ait doublé sa modeste part du total. 

La division de la période permet également de mettre en évidence d’autres différences importantes. La croissance de la consommation d’énergie a été modeste après 2008, faisant suite à une période de croissance beaucoup plus rapide de 1998 à 2008 (+ 12,5 %). Cette tendance reflète les améliorations de l’efficacité énergétique, en particulier pour le chauffage des locaux, comme l’indique la figure 3.5. 

La Figure 3.6 montre également que le gaz naturel constitue la première source d’énergie pour les deux principales utilisations finales (chauffage des locaux et de l’eau), l’électricité occupant la deuxième position dans ce cas. Pour le chauffage des locaux, le bois reste également important (15,9 %) tandis que le mazout de chauffage ne représente que 5,1 % après avoir vu sa part réduite de plus de la moitié entre 1998 et 2018.

Figure 3.6 – Consommation d’énergie du sous-secteur résidentiel par utilisation finale (1998, 2008 et 2018) #

Source : OEE, 2021
Note : le total n’équivaut pas à 100 % en raison de l’arrondissement.

3.1.3 Le secteur de l’agriculture

Le secteur de l’agriculture présente la plus petite part de la consommation finale totale et consomme principalement un mélange de carburant diesel (50,8 %), d’essence (17,3 %), de gaz naturel (13,5 %) et d’électricité (11,6 %). Un examen plus approfondi du secteur montre la raison pour laquelle les profils sectoriels globaux doivent être traités avec précaution. Fin 2019, la grève du CN a provoqué une pénurie de propane, ce qui a entraîné des difficultés économiques et conduit au gaspillage des récoltes des producteurs de maïs dans certaines régions du pays. Pour beaucoup de ces producteurs, le propane est la seule source d’énergie permettant le séchage des récoltes à des fins de stockage; ce sous-secteur présente donc une résilience limitée en cas de pénurie de ce combustible. Cet exemple illustre de quelle façon la disponibilité limitée de substituts énergétiques pour certaines utilisations finales peut affecter certains secteurs économiques, et ce, même si la source d’énergie utilisée ne représente qu’une petite part de leur besoins totaux.


Notes

1 En raison de problèmes de disponibilité des données, la Figure 3.1 ne présente pas l’approvisionnement en biomasse. L’approvisionnement en biomasse solide (principalement des produits du bois) représentait 487 PJ en 2017, alors que les biocarburants (éthanol et biodiesel) fournissaient 48 PJ supplémentaires. La production de biomasse solide est restée assez constante au cours des 20 dernières années, alors que la production de biocarburants a connu une croissance continue (RNCAN, 2021).

2 Dans ce graphique, les données disponibles ne permettent pas de distinguer l’hydroélectricité et le nucléaire des autres énergies renouvelables. Le chapitre 2 fournit davantage d’informations sur la répartition par source de la production d’électricité.

3 En raison de la non-disponibilité des données, certains graphiques et tableaux utilisent l’année 2018 comme année offrant les données les plus récentes, tandis que d’autres utilisent l’année 2019.