4.3 Dépenses énergétiques des ménages

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Les dépenses des ménages liées à l’énergie (tableau 4.4) peuvent être réparties dans les deux catégories suivantes : d’abord les dépenses énergétiques directes, qui comprennent le carburant et l’électricité achetés pour combler les besoins énergétiques en matière de transport et de logement; ensuite les dépenses énergétiques indirectes liées au transport, qui englobent toutes les dépenses associées à l’obtention des services de transport pour lesquels certaines dépenses directes sont engagées. Cette deuxième catégorie comprend les dépenses moyennes consacrées à l’achat de véhicules privés, les coûts d’utilisation de ceux-ci, et le prix d’autres moyens de transport motorisés, tels que le transport en commun ou l’avion. En 2019, le ménage canadien moyen a dépensé 4 580 $ en dépenses énergétiques directes et 11 022 $ en dépenses indirectes liées au transport, avec des différences notoires entre les quintiles. En ce qui concerne les dépenses directes, la part de chaque carburant reste relativement la même d’un quintile à l’autre, bien que l’électricité et le carburant pour véhicule soient plus importants dans le premier quintile.

L’examen de ce profil nous permet de formuler quelques observations. On constate d’abord que la part des dépenses énergétiques directes est moins importante pour les quintiles les plus riches que pour les deux premiers quintiles. Ce constat nous indique que les dépenses liées à l’énergie sont moins compressibles que les autres dépenses et représentent donc un fardeau plus lourd pour les ménages à faible revenu, une tendance qui s’est maintenue au fil des ans.

On constate ensuite que les dépenses en carburant pour véhicule et les dépenses indirectes liées au transport sont, en valeur absolue, environ trois à cinq fois plus élevées pour le quintile le plus riche par rapport au premier quintile. Une variation de cette amplitude ne s’explique pas uniquement par des différences en matière de besoins de transport. Elle indique plutôt que ces besoins sont satisfaits par des moyens différents selon les quintiles; par exemple, l’utilisation de plus gros véhicules, la possession d’un plus grand nombre de véhicules par ménage, des dépenses plus élevées en transport aérien et une utilisation moindre des autres moyens de transport collectifs.

Dans l’ensemble, les dépenses énergétiques directes et les dépenses énergétiques indirectes liées au transport augmentent en fonction des préférences et des moyens financiers, ce qui fait que les quintiles supérieurs ont une empreinte carbone par ménage nettement plus élevée que les quintiles inférieurs. Ces préférences demeurent cependant immuables en deçà d’un certain niveau de revenu; autrement dit, il y a une limite à la capacité de compressibilité de ces dépenses, ce qui affecte principalement les ménages les plus modestes dans leur capacité de combler leurs besoins de base en matière de chauffage et de transport.

Tableau 4.4 – Dépenses des ménages liées à l’énergie selon le quintile de revenu (2019) #

Source : Statistique Canada, 2021

De 2010 à 2019, les dépenses en électricité des ménages ont augmenté de 16 %. Au cours de la même période, les dépenses pour l’achat de voitures ont diminué de 28 %, bien que cette diminution ait été plus que compensée par une augmentation de 69 % des achats de véhicules dans la catégorie des camions. Cette évolution de la préférence des consommateurs doit être prise en compte dans le cadre de l’augmentation de la demande de transport décrite à la section 3.1. Ces préférences ont eu deux conséquences, soit l’augmentation des dépenses par ménage consacrées à l’achat de véhicules individuels et une diminution de l’efficacité énergétique au sein du parc automobile. À cela s’est ajoutée une augmentation constante des dépenses liées à l’entretien des véhicules durant la même période.

Comme pour la plupart des autres aspects qui ont été abordés dans ce chapitre, la ventilation des données provinciales permet de mettre en évidence des différences notoires constatées en matière de consommation des ménages. En effet, la part des dépenses en gaz naturel pour les résidences principales est plus élevée en Alberta (22 %), en Ontario (18 %), en Saskatchewan (15 %), en Colombie-Britannique (13 %) et au Manitoba (10 %), comparativement à un maximum de 2 % dans les cinq autres provinces.

On note que la consommation de gaz naturel dans le secteur résidentiel demeure marginale au Québec, à Terre-Neuve-et-Labrador, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard. Alors que le secteur commercial au Québec consomme une quantité importante de gaz naturel, quasi équivalente à sa consommation d’électricité, ce n’est pas le cas pour les provinces de l’Atlantique où les réseaux de distribution de gaz naturel sont très limités.

Alors que les besoins de chauffage résidentiel du Québec sont comblés par l’électricité, Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard et, dans une moindre mesure, le Nouveau-Brunswick se distinguent du reste du Canada par leur dépendance à l’égard d’autres combustibles pour chauffer leurs maisons, notamment le mazout et le bois. Le rôle de ces carburants reste marginal dans toutes les autres provinces (Statistique Canada, 2021).