9.5 Les points à retenir

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Ces Perspectives analysent les principales trajectoires technologiques qui subissent surtout la contrainte des objectifs de réduction des émissions de GES. De par la nature même de l’exercice, ces trajectoires sont basées sur un grand nombre d’hypothèses documentées concernant l’évolution des technologies et les coûts qui lui sont associés. Au cours des dernières années cependant, bon nombre des certitudes récentes sur les émissions de GES, y compris le rôle que peuvent jouer certaines solutions fondées sur la nature, ont fait l’objet de profondes réévaluations. De même, les développements techniques se sont souvent avérés imprévisibles : certaines technologies prometteuses se sont révélées inadaptées pour une utilisation à grande échelle, tandis que de nouvelles approches inattendues ont transformé des secteurs économiques entiers. Le présent chapitre étudie l’impact de la modification de certaines de ces hypothèses, qui ont été conçues par défaut en fonction du temps et de ce que nous savons ou anticipons, afin de tenter d’intégrer certaines de ces transformations inattendues dans les enjeux fondamentaux de la transition énergétique.  

L’électricité renouvelable variable, fournie par la production éolienne et solaire, constitue la quasi-totalité de l’augmentation considérable de la production d’électricité qui est nécessaire pour répondre à la demande dans les scénarios menant à la carboneutralité étudiés dans ces Perspectives. Il est difficile de modéliser correctement l’intégration de cette production variable, et des incertitudes techniques et économiques subsistent en ce qui concerne les PRM nucléaires, le stockage à grande échelle dans des batteries et les coûts annexes des réseaux électriques qui incorporent des proportions importantes de production d’énergie variable. À cela s’ajoutent les incertitudes concernant les contraintes d’acceptabilité sociale relative à l’énergie nucléaire et aux grands développements hydroélectriques, ainsi que les considérations stratégiques en matière de résilience du réseau et d’orientation politique. Les résultats de l’analyse de sensibilité montrent que si la demande totale d’électricité n’est pas affectée par la nature de la source d’énergie, l’évolution de ces facteurs aura une incidence sur le type d’infrastructures nécessaires. Par exemple, l’augmentation des échanges d’électricité entre les provinces constitue un bon moyen pour réduire la pression exercée sur le réseau en termes de capacité installée nécessaire pour répondre à la demande. De même, une production variable plus faible peut être compensée par un plus grand nombre d’installations hydroélectriques et nucléaires. 

La disponibilité de la biomasse, qui fait l’objet de nombreux débats et de plusieurs études scientifiques, s’avère également être un facteur majeur à prendre en compte dans l’élaboration des avenirs carboneutres possibles. L’analyse de sensibilité qui a été réalisée à ce sujet montre à quel point la bioénergie peut être utile pour soutenir les efforts de réduction des émissions, soulignant l’importance de gérer très soigneusement cette ressource si son potentiel doit être exploité

Le rôle que pourra jouer l’hydrogène dans l’avenir est empreint d’incertitudes en ce moment, ce qui rend difficile l’établissement d’un bilan à son sujet. Des scénarios exploratoires ont montré de quelle façon l’hydrogène pourrait être davantage utilisé dans différents secteurs sans compromettre l’atteinte de la carboneutralité. La production d’émissions négatives grâce à la BECSC demeure cependant limitée par la disponibilité de la biomasse. 

Enfin, au niveau actuel de développement des technologies, atteindre et maintenir l’état de carboneutralité nécessitera le captage de volumes importants de carbone. Les coûts et les incertitudes technologiques associés à cette pratique constituent un sérieux avertissement concernant les projections des scénarios étudiés qui pêchent peut-être par excès d’optimisme. Si tel était le cas, il pourrait s’avérer nécessaire de compenser une évaluation trop optimiste du volume d’émissions susceptible d’être capté par les différents procédés envisagés en recourant encore davantage à la technique d’extraction directe dans l’air (EDA) ainsi qu’à la production d’énergie à émissions négatives, cette dernière étant cependant limitée par la disponibilité de la biomasse. Cette préoccupation s’ajoute aux risques et aux inconnues actuelles concernant le stockage continu de carbone à grande échelle. Si, au fil du temps, certaines améliorations technologiques sont susceptibles d’atténuer une partie de ces risques, il semble qu’il soit impératif de consacrer au moins autant d’effort au développement d’innovations en matière de réduction des émissions qu’à la mise au point des techniques de captage du carbone. Il est évident que les trajectoires technologiques présentées ci-dessus ne peuvent exister de manière isolée. La disponibilité de la biomasse accroît en effet non seulement la capacité de réaliser des réductions d’émissions à court terme lorsque le coût des solutions technologiques demeure élevé, mais elle permet aussi de produire une plus grande quantité d’hydrogène avec des émissions négatives, ce qui entraîne une augmentation de la consommation globale de ce combustible. La production d’une plus grande quantité d’hydrogène permet de décarboner certaines utilisations peu propices à l’électrification et pourrait constituer une alternative en matière de stockage. L’importance des enjeux d’acceptabilité sociale liés aux installations nucléaires et à la construction de grands barrages hydroélectriques supplémentaires peut également avoir une incidence sur les possibilités d’augmentation de l’utilisation de la biomasse. Il faudra donc du temps pour résoudre ces problèmes d’incertitude et cela nécessitera peut-être de faire des choix stratégiques concernant la ou les trajectoires sur lesquelles il faudra se concentrer, et ce, avant que ces problèmes d’incertitude ne soient complètement résolus.