6.1 La demande d’énergie par source

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La figure 6.1 illustre bien l’évolution de la demande finale totale d’énergie dans les cinq scénarios considérés (présentés au chapitre 1). Le scénario REF montre que, pour toutes les sources, une évolution relativement uniforme de la demande d’énergie servira à répondre à l’évolution naturelle des services énergétiques associée à la croissance économique et démographique. La prise en compte de l’impact de la taxe sur le carbone qui est proposée jusqu’en 2030 (scénario TC30) modifie relativement peu l’évolution globale de la demande d’énergie, qui continue à croître par rapport à 2016, mais à un rythme plus lent que dans le scénario REF. Cependant, à plus court terme, la composition du bouquet énergétique proposé par le scénario TC30 montre un accroissement de la production d’électricité qui est plus rapide que dans tous les autres scénarios. De plus, la taxe sur le carbone demeure suffisante pour stabiliser la demande de pétrole et de gaz à ses niveaux de 2016.

Les contraintes directes imposées dans les scénarios CN60, CN50 et CN45 ont un impact beaucoup plus important sur la diversité des sources d’énergie utilisées et la demande totale d’énergie. On observe en effet que pour les années comprises entre 2016 et 2030 dans ces trois scénarios, on a prévu une baisse globale de la demande pour toutes les sources d’énergie; au cours de la décennie suivante, la croissance apparaît également beaucoup plus lente que dans les scénarios REF et TC30. Cette tendance est analysée de manière plus détaillée dans le cadre de l’examen de la consommation d’énergie sectorielle présenté ci-dessous; en termes plus généraux, elle peut être liée à des efforts accrus en matière d’efficacité énergétique, à la contraction accélérée du secteur pétrolier et gazier et à l’électrification des activités à forte intensité énergétique.

La part des combustibles fossiles, y compris le gaz naturel, diminue considérablement dans les scénarios CN; cette diminution commence avant 2030 et s’accélère rapidement entre 2030 et 2040. Si l’évolution de ces trois scénarios demeure très semblable jusqu’en 2030, ceux d’entre eux qui sont plus agressifs passent plus rapidement à l’électrification en abandonnant progressivement les énergies fossiles. Une comparaison avec les scénarios REF et TC30 laisse entrevoir que la décarbonisation complète de certaines applications continuera d’entraîner des coûts particulièrement importants. Au vu de ces constats, il est impératif d’imposer des contraintes politiques et réglementaires afin de provoquer la réduction des émissions de GES nécessaire à l’atteinte des objectifs de carboneutralité.

Figure 6.1 – Consommation d’énergie finale par source #

Observations générales :

  • La diminution de la demande totale d’énergie n’entraînera pas une réduction correspondante de la prestation de services énergétiques. Au lieu de cela, une grande partie de la demande pour ces services sera satisfaite grâce à des technologies et des sources moins énergivores, dont principalement l’électricité.
  • Une fois la carboneutralité atteinte, il est possible d’augmenter la demande d’énergie sans compromettre la neutralité carbone, comme l’illustre la demande totale plus élevée observée dans les scénarios menant à la carboneutralité en 2060 par rapport à 2050. Cependant, la croissance de la demande est très lente une fois que l’on a atteint la carboneutralité.
  • La proposition d’augmenter le prix du carbone jusqu’en 2030 est insuffisante pour permettre d’atteindre la réduction des émissions de GES visée.
  • Dans le cadre de l’horizon 2050 du scénario CN, le gaz naturel ne peut être utilisé comme énergie de transition.
  • Le fait que la demande totale d’énergie soit presque identique en 2060 pour les trois scénarios CN suggère que l’accélération de l’électrification de l’énergie ne présente qu’un risque limité.
  • Dans les scénarios CN, environ 22 % de la demande finale d’énergie en 2060 est satisfaite par les combustibles fossiles, ce qui, en valeur absolue, représente 25 % de la demande totale en combustibles fossiles de l’année 2016.

Il est intéressant de noter qu’en 2060 le bouquet énergétique final dans les scénarios CN dépendra très peu de la voie qui aura été choisie. La répartition finale de l’énergie est quasiment identique, l’électricité comblant plus de 55 % de l’ensemble des besoins énergétiques; le pétrole et le gaz, quant à eux, contribuent toujours respectivement pour 15 % et 6 % de la demande énergétique finale dans les secteurs où les technologies à faible intensité carbonique sont encore en processus de développement. Ces valeurs ne correspondent respectivement qu’à 32 % et 16 % des quantités de pétrole et de gaz consommées en 2016.

6.1.1 Les sources et vecteurs d’énergie à faibles émissions

L’hydrogène pourrait être utilisé dans de nombreuses applications, mais il est actuellement difficile de modéliser l’utilisation de ce vecteur en raison de la grande incertitude qui entoure son éventuel développement. Dans le cadre de ces limitations, et en tenant compte de son coût plus élevé par rapport aux autres options, l’hydrogène ne sera appelé à jouer qu’un rôle secondaire dans l’évolution du bouquet énergétique; il ne sera utilisé que dans des applications spécifiques où il peut s’avérer utile, notamment lorsque l’électrification ne serait possible qu’à un coût très élevé (voir l’analyse des différents secteurs ci-dessous). Il est intéressant de noter que si la consommation d’hydrogène augmente de 50 % avant 2060 dans certains scénarios menant à la carboneutralité, ce combustible ne sera plus utilisé dans les activités de raffinage et ne servira qu’à des applications dans les secteurs de l’industrie et du transport. Le chapitre 9 présente une analyse de sensibilité qui étudie ce vecteur énergétique plus en détail.

Dans tous les scénarios, l’utilisation de la bioénergie continue de s’accroître jusqu’en 2030. Si cette augmentation atteint 27 % dans le scénario CN45, le scénario TC30 affiche une augmentation encore plus importante, soit de l’ordre de 47 %, ce qui illustre bien le coût relativement faible de l’utilisation de la bioénergie pour décarboner rapidement certaines applications. La croissance se poursuit après 2030 dans le scénario TC30 qui prévoit une augmentation de 70 % pour l’ensemble de la période allant de 2030 à 2060 par rapport à 2016. Cependant, cette image est trompeuse, car elle ne permet pas de comparer la consommation globale de la biomasse dans l’ensemble de l’économie, puisque les scénarios CN utilisent une quantité importante de biomasse comme énergie primaire pour la production d’hydrogène et d’électricité associée à la capture du carbone (BECSC), ce qui n’apparaît pas dans le décompte de la consommation finale.

En tenant compte de ce dernier point, la disponibilité de la biomasse demeure un facteur déterminant dans les trois scénarios menant à la carboneutralité. En effet, après une première augmentation, la quantité totale de biomasse disponible devient une contrainte importante; ce facteur fait également l’objet d’une analyse de sensibilité dans le chapitre 9. Dans tous les cas, le potentiel des biocarburants est limité dans les scénarios CN, car leur utilisation produit des émissions restantes qui deviennent plus problématiques à mesure que l’on s’approche de la carboneutralité.

6.1.2 L’électricité appelée à jouer un rôle plus important

Alors que dans les scénarios REF et TC30 la part de l’électricité dans le bouquet énergétique demeure relativement constante, l’électricité devient la principale source d’énergie finale d’ici 2050 dans tous les scénarios CN. Cette énergie électrique provient surtout d’un accroissement de la production d’électricité renouvelable, qui est surtout produite à partir de l’énergie éolienne et solaire variable (figure 6.2), associée à une plus grande capacité de stockage.

Dans les scénarios CN, l’augmentation de la part de la production nucléaire masque un changement technologique qui est plus profond, soit le remplacement des grandes centrales déclassées par des petits réacteurs nucléaires modulaires (PRM), une évolution qui se base sur des estimations de coût actuelles pour cette technologie qui reste encore à développer. C’est une différence importante par rapport au scénario REF à plus long terme qui ne prévoit aucun rôle pour les PRM après la fermeture des centrales nucléaires vieillissantes. La production d’électricité et celle d’autres énergies seront abordées au chapitre 7 de manière plus détaillée.

Le chapitre 9 étudie plus en profondeur les vecteurs et sources clés que sont l’hydrogène, la bioénergie et l’électricité à faibles émissions et analyse leurs rôles respectifs dans les trajectoires menant à la carboneutralité.

Figure 6.2 – Électricité générée selon la source #


Note : 1 TJ équivaut à 0,278 GWh