8.3 Le coût de la réduction des émissions 

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Un examen des coûts marginaux liés à la réduction des émissions au fil du temps permet de montrer que plus le temps passe, plus le défi d’obtenir des réductions d’émissions s’avère coûteux et difficile à relever (figure 8.7). La courbe représentée dans cette figure nous montre de quelle façon le coût de la réduction des dernières émissions s’accroît plus rapidement. Ce fait illustre bien la complexité inhérente à la réalisation d’une décarbonisation profonde ainsi que les incertitudes entourant le développement de certaines technologies, y compris le captage du carbone, les émissions négatives et l’extraction directe dans l’air. Une fois la carboneutralité atteinte, les coûts marginaux pour l’élimination de la dernière tonne de CO2 s’élèvent à 1 100 $. Si ce montant peut paraître élevé, il est cependant nécessaire de le relativiser.  

Figure 8.7 – Coûts marginaux des réductions, comparaison entre les scénarios CN50 et REF  #

Premièrement, dans le scénario CN50 qui impose l’objectif fédéral actuel de réduire les émissions de 40 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2005 et d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050, le coût marginal de la réduction de 40 % des émissions demeure inférieur à 210 $ par tonne d’équivalent CO2. Pour dépasser ce seuil de réduction, les coûts marginaux augmentent par la suite, mais leur taux de croissance n’est pas plus rapide dans un premier temps. En effet, lorsque l’on a atteint une réduction d’environ 80 % des émissions par rapport à 2005, le coût associé à l’élimination de la dernière tonne est encore inférieur à 500 $.  

Deuxièmement, il vaut la peine de comparer ces résultats avec ceux des travaux antérieurs de modélisation réalisés pour les Perspectives énergétiques canadiennes 2018. Dans le scénario 80P, qui constituait le scénario de réduction le plus exigeant de l’époque, l’objectif consistait à réduire de 80 % les émissions liées à l’énergie d’ici 2050 par rapport à celles de 2005, ce qui représentait une réduction de 65 % des émissions totales. Le coût marginal de l’élimination de la dernière tonne était alors légèrement supérieur aux chiffres obtenus en 2021. Même s’il n’est pas possible de comparer précisément ces données, puisque le modèle actuel comprend une couverture plus complète des émissions, comme expliqué au chapitre 1, et que l’évolution du scénario de référence est différente, l’ordre de grandeur est cependant indéniable. Depuis les précédentes Perspectives, les technologies ont connu une évolution qui leur a permis non seulement d’apporter des solutions de réduction des émissions, mais également de diminuer les incertitudes concernant les voies technologiques et leurs coûts, ce qui a entraîné une réduction très significative des coûts marginaux en moins de trois ans. C’est ce qui explique que la réduction de 80 % des émissions dans le scénario CN50 est atteinte avant 2050 par rapport au scénario 80P.  

Cet exemple permet de bien illustrer le fait que les coûts marginaux constituent une cible qui évolue rapidement. Lorsque l’on adopte des mesures concrètes pour réduire les émissions, l’innovation technologique qui s’en suit entraîne une diminution des coûts associés à la réalisation de réductions supplémentaires. Ce phénomène se produit au fur et à mesure que de nouvelles technologies et de nouvelles utilisations apparaissent. En conséquence, les coûts marginaux à plus long terme sont réduits; mais, plus important encore, les coûts plus élevés estimés pour la réduction de la dernière tonne perdent de leur pertinence, car ils affectent une proportion plus restreinte des réductions. Au chapitre 14, nous reviendrons sur la question du coût de la transition vers une économie carboneutre afin d’évaluer les coûts et les bénéfices globaux des transformations qu’il est nécessaire d’effectuer avant 2050.