8.4 Les points à retenir

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Les scénarios REF et TC30 sont dans les deux cas très loin d’avoir atteint la carboneutralité en 2050 et 2060, ce qui montre clairement que les politiques en vigueur, ou celles qui ont été annoncées, sont absolument insuffisantes pour mener la société à la carboneutralité. Ce constat souligne le besoin d’adopter en urgence des politiques supplémentaires qui définissent des indicateurs et des objectifs clairs et quantifiables pour corriger la trajectoire, comme présenté dans la conclusion de ce rapport. Cette réflexion doit également porter sur les implications de la carboneutralité. 

Tout d’abord, comme il est difficile de prévoir quelles innovations technologiques seront nécessaires pour réduire les émissions non énergétiques provenant de l’agriculture et des procédés industriels, il faudra, pour atteindre la carboneutralité, réduire le plus possible les émissions liées à l’énergie. Plus précisément, les émissions liées à l’énergie se doivent de devenir nettes négatives, un résultat qui peut être obtenu grâce à un ensemble de réductions drastiques des émissions, aux installations de captage du carbone et à l’utilisation de technologies d’émissions négatives. Il s’agit d’un objectif très ambitieux qui a cependant le mérite d’attirer l’attention sur des transformations qu’il est possible de planifier; certaines d’entre elles peuvent même être réalisées à l’aide de technologies qui existent déjà à l’échelle commerciale ou qui ont atteint un stade raisonnable de développement. Nous n’avons donc pas le choix d’atteindre ou non ces objectifs de réduction des émissions liées à l’énergie, car celles qui ne seront pas éliminées s’ajouteront au volume déjà considérable des émissions restantes provenant des activités non énergétiques.  

Ce qui précède nous amène au deuxième point qui concerne le captage du carbone, un élément central sur lequel se basent les scénarios menant à la carboneutralité. Or, les résultats du modèle d’optimisation ne doivent pas occulter les incertitudes importantes qui subsistent concernant le véritable potentiel et l’efficacité réelle de cette technologie d’un point de vue technique, économique et énergétique. Les expériences de captage du carbone menées à ce jour dans des installations industrielles ont permis le captage d’un pourcentage d’émissions beaucoup plus faible que ce qui est théoriquement possible. Elles ont en outre montré que la consommation d’énergie nécessaire au fonctionnement des technologies de captage entraîne un volume important d’émissions. Les expériences liées à la BECSC sont encore plus limitées, alors qu’aucune technologie d’extraction directe dans l’air n’est actuellement utilisée à grande échelle, ce qui fait en sorte qu’il est impossible de confirmer le coût de ces procédés. En conséquence, le volume d’émissions capté qui est présenté ci-dessus dans les résultats des scénarios menant à la carboneutralité constitue probablement une sous-estimation du volume d’émissions qu’il faudra capter pour compenser entièrement les émissions restantes. 

Mais même si l’on ne tient pas compte des incertitudes entourant la technologie de CSC, le volume d’émissions qui doit être capté (figure 8.6) soulève la question des implications du stockage de quantités aussi importantes de carbone chaque année, et ce, même après avoir atteint la carboneutralité. Bien que le Canada dispose théoriquement d’une grande capacité de stockage, il ne possède pas l’expérience du stockage de quantités de cette ampleur et certaines évaluations des risques suggèrent que le stockage du carbone à grande échelle doit être considéré avec prudence. D’autre part, les possibilités de réutiliser le CO2 capté sans entraîner de rejet de CO2 sont également très limitées. 

La nécessité de capter et de stocker des volumes importants d’émissions de carbone pour atteindre la carboneutralité ainsi que les incertitudes considérables entourant ces procédés constituent donc un problème épineux. Ainsi, les résultats des scénarios menant à la carboneutralité doivent être, au mieux, considérés comme étant optimistes en ce qui concerne le rôle du CSC. Par conséquent, les réductions d’émissions requises dans tous les secteurs, y compris les activités non énergétiques, sont susceptibles d’être plus importantes que celles mentionnées dans les chapitres 6 à 8 des présentes Perspectives. Et comme la vie ne s’arrête pas une fois que la carboneutralité a été atteinte, ces transformations et le stockage du carbone nécessaire à la gestion des émissions restantes auront donc des implications qui perdureront bien au-delà des années 2050 et 2060.