5.1 Les émissions de GES au Canada

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Bien que les émissions totales de GES du Canada se soient accrues de 22,8 % entre 1990 et 20051, elles sont demeurées relativement stables entre 2005 et 2019 (- 1,1 %). Comme nous le montre la figure 5.1, les émissions liées à l’énergie représentent 80,7 % des émissions totales, soit à peu près le même pourcentage depuis 2005. On note que les émissions ont cessé de croître au début du 21e siècle et sont demeurées stables depuis, et ce, malgré un investissement considérable de fonds publics consacrés à l’établissement d’objectifs de réduction des émissions et la mise en œuvre de nombreuses politiques pour atteindre ceux-ci. La suite de cette section dresse un portrait plus détaillé des sources d’émissions de GES. 

Le plateau des émissions totales de GES observé entre 2005 et 2009 est associé à une diminution globale de l’intensité des émissions qu’illustrent bien les deux mesures suivantes :

  • Ajustées à la croissance démographique, les émissions de GES par habitant en 2018 étaient inférieures de 15,2 % par rapport à celles de 2005;
  • Au cours de la même période, l’intensité des émissions de carbone par dollar constant du PIB s’est trouvée réduite de près de 26,9 %.

Ces mesures reflètent les transformations qui se sont opérées dans le secteur industriel, les améliorations technologiques qui ont été apportées, les réglementations mises en œuvre et la plus grande efficacité des équipements et des pratiques utilisés (WDI, 2021; ECCC, 2021; Statistique Canada, 2021). 

Figure 5.1 – Émissions de GES au Canada par secteur #

Source : ECCC, 2021

Un examen plus approfondi des principales sources d’émissions en 1990, 2005 et 2019 (figure 5.1) révèle l’existence d’importantes variations entre les différentes catégories. 

De 1990 à 2005, les émissions de GES ont augmenté dans la plupart des secteurs, à l’exception notable des industries autres que celles du pétrole et du gaz. Bien que l’on puisse expliquer ces augmentations de manière très différente selon la catégorie, il demeure que le principal facteur d’explication est un accroissement de la demande d’énergie consécutif à une augmentation des activités dans chacun des secteurs.

La période allant de 2005 à 2019 brosse un tableau différent. Les émissions des secteurs du bâtiment (résidentiel, commercial et institutionnel) sont demeurées constantes, la croissance dans ces secteurs étant compensée par la réduction de l’intensité des émissions, laquelle s’explique par des gains en matière d’efficacité découlant notamment d’une plus grande utilisation de l’électricité. Durant cette même période, les émissions provenant de la production d’électricité et de chaleur ainsi que celles produites par les industries autres que celles du pétrole et du gaz ont chuté de manière significative (- 56,2 Mt et – 3,6 Mt respectivement). La plupart des réductions d’émissions réalisées dans le secteur de l’électricité proviennent du changement de combustible utilisé pour produire de l’électricité, comme c’est le cas en Ontario où le gaz naturel a remplacé le charbon. L’abandon progressif du charbon dans la production d’électricité devrait permettre de réaliser des réductions supplémentaires au cours des prochaines années.  

À l’inverse, la part des émissions de GES des industries du pétrole, du gaz et du raffinage a systématiquement augmenté au cours des 30 dernières années, passant de 15,7 % en 1990 à 19,3 % en 2005 pour atteindre 23,6 % des émissions totales en 2019. Même si certaines améliorations technologiques apportées à la production des sables bitumineux ont permis une réduction des émissions par baril de 12 % entre 2005 et 2015 (RNCAN, 2021a), ce secteur contribue pour près du tiers des émissions liées à l’énergie. On observe une tendance similaire dans le secteur du transport, dont la part des émissions de GES a constamment augmenté, passant de 24,1 % en 1990 à 25,7 % en 2005 avant d’atteindre 29,7 % des émissions totales en 2019. Ces deux secteurs pris ensemble sont responsables de plus de la moitié des émissions de GES du pays et leurs émissions ont connu une croissance plus rapide en termes absolus que tout autre secteur pour la période comprise entre 1990 et 2019.

Figure 5.2 – Émissions de GES selon la province #

Source : ECCC, 2021 

La ventilation des émissions totales par province (figure 5.2) montre que toutes les provinces productrices de pétrole et de gaz, y compris la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, ont connu une croissance systématique de leurs émissions totales de GES au cours des trois dernières décennies. À l’exception du Manitoba, toutes les autres provinces présentent des émissions inférieures à celles de 1990. Il faut noter cependant qu’il ne s’agit que d’une faible réduction.

En raison de l’importance de son secteur pétrolier et gazier, l’Alberta est, et de loin, la province responsable de la plus grande quantité d’émissions de GES au pays. Les émissions de la Saskatchewan sont aussi nettement plus substantielles que ne le suggère la taille de sa population et de son économie. En outre, ces deux provinces affichent la plus forte augmentation des émissions totales de GES pour les périodes allant de 1990 à 2005 et de 2005 à 2019. Cet accroissement de leurs émissions de GES est la conséquence directe de l’augmentation de leur production pétrolière et gazière. 

Ces tendances ont aussi eu pour effet de créer un écart considérable en matière d’émissions par habitant entre l’Alberta et la Saskatchewan d’une part, et toutes les autres provinces d’autre part. Cela inclut la Colombie-Britannique, qui a connu une baisse de 18 % de ses émissions par habitant entre 1990 et 2019, et ce, malgré une croissance de ses émissions liées à la production de gaz (figure 5.3).

Comme nous le montre la figure 5.3, une grande partie de l’augmentation des émissions de GES en Alberta et en Saskatchewan est attribuable à l’importance du secteur pétrolier et gazier dans ces provinces (y compris les sources d’émissions fugitives). Cependant, cette tendance résulte également de chiffres par habitant supérieurs pour le secteur du transport, d’une plus grande utilisation des combustibles fossiles dans la production d’électricité et, dans le cas de la Saskatchewan, de la très grande importance de son secteur agricole. 

Figure 5.3 – Évolution des émissions de GES par habitant au Canada #

Source : ECCC, 2021; Statistique Canada, 2021
Note : En raison d’un manque de disponibilité des données, les chiffres de 1990 utilisent les données démographiques de 1991 pour le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest.

Figure 5.4 – Émissions par habitant en dehors du secteur pétrolier et gazier selon la province (2019) #

Source : ECCC, 2021; Statistique Canada, 2021
Note : En raison d’un manque de disponibilité des données, les chiffres de 1990 utilisent les données démographiques de 1991 pour le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest.  

Notes

1 Les années 1990 et 2005 sont utilisées comme points de référence dans les graphiques de cette section en ce qui a trait aux émissions de GES, car ce sont les deux années de référence les plus couramment utilisées pour l’élaboration des objectifs de réduction des GES. Les données les plus récentes sur les émissions de GES disponibles pour le Canada au moment de la rédaction du présent document sont celles de l’année 2019.