13.1 Les stratégies basées sur la technologie

EN

Le secteur de l’industrie1 se classe au deuxième rang en termes de consommation d’énergie. Bien qu’il utilise 30 % de l’approvisionnement énergétique total, ce qui le place derrière le secteur du transport qui en absorbe 37 %, il n’est responsable que de 9 % de ses émissions liées à l’énergie, soit 7 % des émissions totales. Les procédés industriels sont quant à eux responsables de 7 % d’émissions supplémentaires. 

Plusieurs raisons expliquent la relative bonne réputation du secteur industriel canadien en matière d’émissions de GES. Parmi ces raisons, notons ces deux facteurs importants, soit (i) que les provinces grandes productrices d’hydroélectricité ont déployé des efforts considérables pendant des décennies pour attirer sur leur territoire des industries énergivores, telles que l’aluminerie et l’industrie électrochimique; et (ii) que d’autres secteurs, comme l’industrie des pâtes et papiers, utilisent depuis longtemps leurs propres résidus industriels pour produire l’énergie qu’ils consomment, cette pratique leur permettant de répondre à tous leurs besoins en générant moins d’émissions que s’ils faisaient le choix de s’appuyer sur les combustibles fossiles. 

De nombreuses stratégies peuvent être utilisées pour réduire les émissions industrielles, notamment celles-ci : 

  1. Utiliser un autre combustible et/ou technologie en matière de consommation d’énergie afin de répondre aux besoins énergétiques en utilisant des sources d’énergie à faibles émissions de carbone comme l’électricité ou l’hydrogène vert au lieu des combustibles fossiles; 
  2. Modifier les procédés utilisés pour adopter des solutions moins émettrices lorsqu’elles sont disponibles, ce qui permet de réduire ou d’éliminer les émissions provenant des procédés industriels; 
  3. Doter les installations de production d’équipements de captage du carbone leur permettant de capter un pourcentage important des émissions lorsque les points 1) et 2) ne peuvent être réalisés sur le plan technique ou entraînent des coûts trop élevés;
  4. Réduire la production et la demande, notamment par le remplacement de certains matériaux, l’augmentation de l’efficacité énergétique et la conception de nouveaux produits;  
  5. Récupérer la chaleur résiduelle grâce à une meilleure intégration des activités industrielles dans les systèmes énergétiques locaux afin d’être en mesure de fournir d’autres services.  

Bien que plusieurs de ces stratégies puissent se recouper dans les différents efforts visant à améliorer l’efficacité énergétique, il est important de rappeler aux lecteurs qu’elles ne sont pas toutes identiques. Dans certains cas, en effet, la décarbonisation peut réduire l’efficacité énergétique. Le remplacement d’une chaudière à gaz par une chaudière à biomasse, par exemple, entraîne une grande perte d’efficacité tout en réduisant considérablement les émissions de GES. 

Dans les sections suivantes, nous procéderons à l’analyse des résultats de la modélisation pour certains sous-secteurs et procédés industriels spécifiques afin préciser les implications des transformations que l’industrie devra subir pour pouvoir atteindre la carboneutralité. Cette analyse exclut les secteurs de plus petite taille, même si ceux-ci devront aussi être décarbonés. Les sections présentées à la fin de ce chapitre insistent sur ce défi et mentionnent quelques solutions potentielles, y compris celle de la récupération de la chaleur fatale. 


Notes

1 Par souci de simplification et sauf indication contraire, le terme « industrie » est utilisé dans le reste de ce chapitre comme abréviation pour le secteur industriel en dehors de la production de combustibles fossiles.