13.6 Les points à retenir

EN

Le secteur de l’industrie compte parmi les secteurs dans lesquels tous les scénarios prévoient des réductions précoces et importantes d’émissions. Toutefois, ces réductions entraîneront des coûts élevés et nécessiteront, après 2040, de faire un choix parmi différentes options concurrentes pour atteindre cet objectif. Les efforts de décarbonisation devront donc prendre en compte les enjeux spécifiques de chaque secteur industriel afin d’abaisser les coûts, accélérer la transformation et minimiser les risques. L’on devra cependant éviter de surestimer ces facteurs particuliers, car cela pourrait nous conduire à négliger les grands avantages potentiels que pourraient apporter des solutions intersectorielles et une meilleure intégration des besoins et de l’offre. De plus, étant donné que les mesures d’amélioration de l’efficacité énergétique ne concordent pas toujours avec les changements permettant une réduction des émissions, la modification des programmes actuels de subventions à l’efficacité énergétique constituerait une stratégie insuffisante et inadéquate pour atteindre la carboneutralité. Il sera donc nécessaire de concevoir de nouveaux programmes visant l’atteinte de cet objectif

Parmi les résultats qui se dégagent de ces travaux de modélisation, il faut mentionner le fait que, malgré la grande importance que l’on accorde au captage du carbone pour réduire les émissions du secteur industriel dans son ensemble, le rôle que peut jouer cette technologie demeure limité à certains sous-secteurs et applications, et son potentiel d’utilisation doit être soigneusement évalué dans chacun de ses sous-secteurs. Dans l’industrie du ciment, par exemple, même si le CSC fournit la plus grande proportion de réductions des émissions parmi les secteurs analysés ci-dessus, cette contribution représente à peine plus de la moitié des réductions. D’autre part, la CSC utilisée pour les chaudières dans le secteur des pâtes et papiers représente une source importante d’émissions négatives pour le secteur, élément clé pour compenser les émissions restantes de ce secteur – et du reste de l’économie – et atteindre la carboneutralité. Bien que le rôle du captage des émissions de carbone demeure important dans la poursuite des efforts de décarbonisation, ce résultat permet de mettre en évidence le fait que les trajectoires menant à la carboneutralité devront également adopter d’autres stratégies pour atteindre cet objectif dans le secteur industriel. Même si des percées technologiques permettaient d’équiper une plus grande proportion des installations industrielles de dispositifs de captage du carbone, il serait impossible de capter la totalité des émissions. D’autre part, et ce malgré le fait que cette technologie offre un potentiel considérable sur le plan théorique, il subsiste une grande incertitude en ce qui a trait à la proportion réelle de gaz que cette technologie permet de capter (voir le chapitre 12). Même en allant au-delà de ces questions touchant l’incertitude, le coût du captage du carbone demeure trop élevé pour être compris dans les scénarios REF et TC30, à l’exception du cas de la pétrochimie dans le scénario TC30. 

Un second résultat, qui est analysé dans la deuxième partie de ce rapport, a trait au fait que les émissions des procédés industriels peuvent difficilement être évitées lorsque, pour des raisons technologiques, il est impossible de procéder au captage du carbone, car dans un tel cas on ne peut recourir à des stratégies comme le changement de combustible. De plus, le captage des émissions générées par les procédés industriels est plus difficile à réaliser que celui des émissions provenant de la combustion, ce qui explique en partie la proportion importante qu’elles représentent dans les émissions restantes, une fois que la carboneutralité a été atteinte. Par conséquent, à moins de réaliser des percées technologiques dans les procédés industriels et d’utiliser toutes les stratégies disponibles pour réduire les émissions issues de la combustion à leurs plus bas niveaux possibles, il sera difficile d’éviter d’avoir à passer par une baisse importante de la production dans les scénarios menant à la carboneutralité.  D’autres secteurs qui n’ont pas été étudiés dans le cadre de ces travaux pourraient contribuer à définir un profil du secteur industriel permettant l’élaboration de politiques efficaces d’atténuation des émissions. Prenons, par exemple, le cas des émissions du secteur de la construction, qui présentent souvent de plus faibles concentrations en carbone que celles des usines, ce qui rend impossible le captage du carbone. La grande diversité des activités de fabrication, outre la production de métaux, de fer, de produits chimiques, de ciment et de pâtes et papiers, peut rendre plus difficile l’application des solutions de type universel. Ainsi, la production agricole en serre, qui nécessite une quantité d’énergie nettement supérieure durant les mois les plus froids par rapport au reste de l’année, présente des défis qui sont particuliers. La conception de stratégies et de politiques, pour chacun de ces secteurs, devrait se concentrer non seulement sur les différentes options disponibles pour réduire les émissions, mais aussi sur les possibilités d’accroître l’intégration des différents secteurs et installations.