7.5 Les points à retenir

EN

Étant donné l’importance du secteur de la production d’énergie dans l’économie canadienne, il est essentiel de procéder à un examen attentif des diverses implications des trajectoires menant à la carboneutralité. 

Premièrement, la production de combustibles fossiles est largement tributaire des marchés d’exportation, de la demande mondiale et des prix. Cependant, sans tenir compte de ces marchés, et en suivant une trajectoire d’optimisation des coûts, le Canada doit réduire rapidement sa production de pétrole brut et de gaz naturel avant 2030 pour se conformer à ses objectifs de carboneutralité. La compensation de la forte intensité des émissions de ce secteur pose problème, car les techniques de réduction des émissions fugitives, telles que l’extraction directe dans l’air, sont limitées et difficiles à utiliser à cette fin dans une proportion adéquate, à un coût raisonnable et avec des hypothèses réalistes en matière de stockage du CO2 (voir les chapitres 8 et 12). 

À moins d’effectuer une telle réduction, l’atteinte de la carboneutralité nécessitera des choix impliquant une diminution de la production agricole ou des processus industriels. Réduire le volume des émissions en diminuant les activités du secteur de la production d’énergie entraîne également, à court terme, des coûts moindres que la décarbonisation rapide d’autres secteurs. Cependant, cette évaluation doit être menée avec soin afin d’assurer la mise en œuvre de mesures politiques susceptibles d’aider à compenser les pertes d’emploi dans des régions spécifiques ainsi que les revenus d’exportations qui seront perdus au cours du processus. Des analyses de sensibilité ont été réalisées pour étudier les conséquences du maintien de niveaux plus élevés de production de pétrole et de gaz; celles-ci ont montré que cette mesure entraîne le transfert des coûts liés à la réduction des émissions de GES à d’autres secteurs, surtout à court terme, ce qui rend les objectifs de réduction des émissions encore plus difficiles à atteindre. 

Il est crucial de noter que si le reste du monde suit une trajectoire semblable à celle du Canada, et que la planète entière réduit drastiquement ses émissions de GES, la demande internationale de produits pétroliers et gaziers chutera, ce qui aura une incidence directe sur les exportations énergétiques du Canada. Dans ce contexte, et étant donné la pression internationale en matière de lutte contre les changements climatiques, il est peu probable que l’augmentation ou même le maintien de subventions à ce secteur constitue un investissement valable. Au lieu de cela, conformément aux accords internationaux, le Canada devrait soutenir une transformation accélérée de l’économie visant à abandonner cette industrie, en particulier dans les provinces productrices de pétrole et de gaz, ce qui réduirait considérablement les coûts sociaux d’une transition mondiale visant l’abandon des combustibles fossiles. En d’autres termes, il vaut mieux – et il coûte moins cher – de prévenir plutôt que guérir. 

Deuxièmement, tous les scénarios menant à la carboneutralité prévoient une expansion spectaculaire de la production d’électricité à faibles émissions, provenant principalement de technologies à production variable, ce qui exigera que l’on accorde une attention particulière à la résilience du réseau. Compte tenu de l’importance de l’énergie éolienne et solaire à plus long terme, et des facteurs qui limitent la construction de centrales hydroélectriques supplémentaires, il est possible que l’énergie nucléaire, grâce aux PMR, joue un rôle plus important et qu’elle soutienne l’expansion des activités d’extraction d’uranium pour assurer son approvisionnement. Cette technologie comporte cependant encore une grande part d’incertitude. On assiste également au développement de capacités de stockage en dehors des réservoirs d’hydroélectricité; c’est un domaine dans lequel le potentiel technique de l’hydrogène pourrait s’avérer intéressant, notamment dans les situations nécessitant un stockage à long terme.

Troisièmement, la bioénergie devrait rapidement jouer un rôle accru, en particulier dans le secteur du transport. Elle pourrait ainsi contribuer de manière décisive à la réalisation de réductions à court terme, tout en assurant la maîtrise des coûts afférents, et ce, sans entraver les transformations ultérieures. Cependant, au-delà d’un certain point, la disponibilité de la biomasse et les émissions restantes associées à son utilisation se conjuguent pour limiter son importance lorsque l’on se rapproche de la carboneutralité.