Perspectives énergétiques canadiennes 2021

Ce rapport projette l’évolution de la production et de la consommation d’énergie ainsi que des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada. Pour mieux mesurer les impacts des stratégies de réduction, il compare des scénarios de transformation s’étalant sur les quarante prochaines années, selon que le Canada atteigne la carboneutralité en 2045, 2050 ou 2060. Cet exercice de modélisation énergétique est fondé sur la description technologique la plus riche en la matière au pays.

Faits saillants

La situation actuelle: le système énergétique canadien

L’économie et le système énergétique canadien se distinguent par plusieurs caractéristiques:

  • Le Canada est l’un des principaux producteurs et exportateurs d’énergie : le secteur du pétrole et du gaz naturel contribue 10,2 % du PIB à lui seul

  • Le Canada est parmi les pays avec la plus grande participation des sources à faible teneur en carbone dans sa production d’électricité (80%)

  • L’utilisation totale d’énergie par habitant est presque deux fois la moyenne de l’OCDE, et l’intensité énergétique est bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE également

  • Des variations significatives sont observées à travers les provinces à la fois dans l’énergie produite que dans le bouquet énergétique utilisé par les secteurs

  • L’écrasante majorité des émissions de GES provient des activités liées à l’énergie

L’énergie au Canada: classement mondial

Ressource énergétique Réserve/capacité prouvées Production Exportations
Pétrole brut
3
4
4
Uranium
3
2
4
Hydroélectricité
3
3
-
Électricité
8
6
3
Charbon
16
13
7
Gaz naturel
17
4
6

Émissions de GES au Canada

Les émissions de GES continuent d’augmenter dans plusieurs secteurs :

  • Le secteur des transports et la production de pétrole et de gaz naturel sont les deux principales sources d’émissions, en plus de présenter les plus fortes croissances depuis 1990

  • Les émissions des bâtiments résidentiels et commerciaux ont aussi augmenté de 10 % entre 2016 et 2019

Ces augmentations compensent les réductions dans d’autres secteurs :

  • Les émissions de GES du pays ont diminué de seulement 1,1 % entre 2005 et 2019

La carboneutralité change tout

Par opposition aux stratégies de réductions profondes, viser la carboneutralité impose que:

  • Les soi-disant carburants – ou technologies – de transition soient évités s’ils ne sont pas compatibles avec la carboneutralité à long terme

  • Tous les secteurs visent des émissions nulles, autant que possible

De plus, des activités à émissions négatives seront nécessaires pour compenser les émissions inévitables ou difficiles à éliminer dans certains secteurs, notamment :

  • Les transports, étant donné le coût très élevé de la décarbonation complète de certains sous-secteurs

  • L’agriculture, où les émissions sont plus difficiles à circonscrire et à réduire ou capter

  • L’industrie, où de nouveaux procédés doivent être développés pour remplacer les procédés existants

Émissions totales de GES à travers les secteurs

Émissions de GES par secteur (2019)

Étant donné la structure particulière de l’économie Canadienne:

  • Moins de 20 % des émissions de GES du pays peuvent être associées aux choix directs des citoyens

  • À l’opposé, environ 80 % des GES sont émis par des secteurs opérant au-delà des choix quotidiens des citoyens : la production d’énergie et d’électricité, l’industrie, le transport de marchandises et les bâtiments commerciaux, les déchets, et l’agriculture

  • Donc, les trajectoires de carboneutralité demandent d’abord et avant tout des transformations sur les plans industriel et commercial : ces secteurs doivent fournir l’essentiel des efforts dès aujourd’hui (d’un point de vue des coûts liés au système énergétique)

Le coût des technologies permettant une réduction des GES continue de décroître rapidement

Atteindre la carboneutralité en 2050 sera moins dispendieux que projeté il y a quelques années, puisque le coût des technologies décroît à un rythme impressionnant:

  • Lors d’estimations faites en 2018, pour 200$ par tonne ou moins, 200 millions de tonnes de CO2 pouvaient être évitées; ce nombre est maintenant de 400 millions de tonnes

  • Dans ces mêmes estimations de 2018, éviter la 400 millionième tonne coûtait 550$; éviter cette même tonne aujourd’hui coûterait 200$

  • Le coût marginal des réductions les plus difficiles à effectuer a diminué de plus de la moitié dans nos projections par rapport à notre première estimation faite il y a trois ans

Coût marginaux des réductions, comparaison entre les scénarios CN50 et REF

Coûts annuels nets d’investissement pour l’infrastructure permettant l’électrification

Des investissements considérables dans les infrastructures pour rendre possible la transition permettraient de réaliser des économies énormes par la suite :

  • En évitant des coûts en carburants, l’électrification de l’économie aura pour résultat des économies annuelles considérables à partir de 2050 en comparaison avec la situation actuelle

  • Même en doublant le coût projeté des infrastructures de transport d’électricité tout en coupant de moitié le coût des combustibles, des économies annuelles de CAD 37 milliards sont estimées

Le captage d’émissions est important, mais ne doit être utilisé qu’en tout dernier recours

Dans les scénarios atteignant la carboneutralité, une quantité substantielle de captage des émissions de CO2 est nécessaire, avec toutefois deux bémols essentiels :

  • Le captage est utilisé principalement dans l’industrie et dans la production d’hydrogène et d’électricité par bioénergie avec capture et séquestration du carbone (BECSC), pour tirer profit des activités à émissions négatives

  • Le captage avec utilisation du carbone (CUC) est presque inexistant, puisque l’utilisation relâche des émissions additionnelles au bout du compte et doit donc être évité pour atteindre la carboneutralité

  • Le captage hors-BECSC ne représente qu’une petite portion du total dans les trajectoires de carboneutralité : ceci est dû au fait que les émissions non captées lorsque le CSC est utilisé doivent ensuite être compensées par des émissions négatives ailleurs dans le système

Émissions captées annuellement par source

CO2 séquestré (total cumulatif)

Ces projections demeurent très optimistes au sujet du rôle potentiel du captage et de la séquestration de carbone (CSC) :

  • Les coûts comme les incertitudes technologiques impliquent que des quantités encore plus grandes d’extraction directe dans l’air (EDA) et de BECSC seront nécessaires (contraintes par les quantités de biomasse disponibles)

  • De plus, les quantités de GES à séquestrer de façon à atteindre la carboneutralité en 2050 sont très substantielles, et ce à chaque année par la suite également; il existe toutefois des inconnues considérables au sujet des risques d’une séquestration d’une telle ampleur

  • Pour toutes ces raisons, l’atteinte de la carboneutralité demande de donner priorité à la prévention d’émissions plus qu’à leur compensation